| Esprit femme
du 04/2004
Surfant sur la
vague du sex-toy, Nathalie Laing a elle aussi créé sa
société à Antibes
baptisée Piment rose. Ventes à domicile,
sur catalogue et sur Internet : Nathalie Laing
use des mêmes recettes que Yoba pour permettre
aux femmes « d’oser la liberté du
désir, du plaisir et de la séduction.
Et d’épicer leur relation amoureuse…».
De nouvelles sensations
En 1993, seulement 7% des femmes avouaient untiliser
des accessoires lors de leurs rapports sexuels
(4). Aujourd’hui, il n’existe pas de
chiffre pour se faire une idée précise
du phénomène mais, à en croire
les conceptrices des boutiques vendant du sex-toy,
ces anciennes statistiques sont désormais
très éloigné de la réalité.
Mais au fait, elles leur trouvent quoi à ces
objets vibrants montés sur piles électriques
? « ça m’excite ! », lance
dans un éclat de rire la rousse Isabelle,
28 ans, visiteuse médicale. « Sincèrement,
il faut l’avoir essayé pour comprendre
l’effet que ça fait, insiste-t-elle.
C’est mon meilleur ami, confident et, qui
plus est, adepte des sex-toys, qui m’avait
conseillée d’en acheter un. Il m’avait
lancé ça comme un pari, histoire
de voir ce que j’avais dans le ventre ! Alors
je me suis lancée. Je suis allée
sur Internet et en quelques clics j’avais
mon vibromasseur, bleu et pas trop effrayant.
La première fois, je me sentais ridicule
avec ce truc dans les mains. Je ne savais pas comment
m’en servir. Heureusement que j’étais
seule ! Maintenant, c’est devenu un accessoire
important de ma vie sexuelle que j’utilise
seule ou avec un partenaire. J’ai découvert
de nouvelles sensations et j’ai l’impression
que mes orgasmes sont plus profonds qu’avant. ».
En offrant une plus grande intensité de
l’orgasme ou, tout simplement, la découverte
de celui-ci, les jouets intimes présentent
des attraits qui n’ont pas échappé aux
femmes. « Cette mode du sex-toy correspond à une
déculpabilisation des femmes vis-à-vis
de la sexualité », analyse le docteur
Catherine Solano(5), sexologue à Paris.
Une sexualité qui se déculpabilise
« Avant, poursuit-elle, la masturbation était
quelque chose d’abominable, maintenant ça
ne l’est plus. On en parle plus facilement
, ça n’est plus une pratique tabou.
Du coup, les femmes osent utiliser des vibromasseurs.
Dans
mon cabinet de consultation, je le conseille d’ailleurs à certaines
patientes qui n’ont jamais eu d’orgasmes.
Beaucoup reviennent en me disant : « j’ai
enfin eu un orgasme et je sais ce que c’est. » En
appliquant le vibromasseur sur et autour du clitoris,
sans l’introduire dans le vagin, ça
permet d’ouvrir un circuit qui n’avait
pas fonctionné.
Ce n’est pas une méthode
miracle, mais c’est un élément
pour aider les femmes à découvrir
leur corps et le plaisir. » Catherine Solano
met toutefois en garde contre les effets pervers
d’une utilisation trop assidue des jouets
intimes. « Une de mes patientes me racontait
avoir des orgasmes extrêmes en portant des
boules de geisha.
Mais son problème, c’est
qu’elle avait de plus en plus de mal à avoir
un orgasme lors d’un rapport sexuel normal.
Les vibromasseurs peuvent entraîner le corps à être
stimulé d’une façon qui n’est
pas naturelle, à une sexualité mécanique.
C’est dramatique d’en arriver là,
cela empêche par la suite d’avoir des
rapports réussis avec son partenaire. C’est
dommage de se priver de ça, car ce qui compte
c’est quand même l’émotion
et pas l’ustensile. »
Le sex-toy ne serait-il qu’un phénomène
de mode au succès aussi éphémère
qu’une étoile filante de télé-réalité ?
Ou deviendra-t-il le compagnon fidèle adopté par
toutes et que l’on ne s’échinera
plus à planquer sous ses chaussettes au
fond d’un tiroir ?
L’avenir du sex-toy est incertain mais rien
n’empêche pour le moment d’en
profiter.
Car comme disaient nos grands-mères
: « Y’a pas de mal à se faire
du bien ! »
Sandrine Abélard
(4) Les Comportements sexuels en France, rapport
Spira, La Documentation française, 1993.
(5) 100 idées reçues : la sexualité,
Catherine Solano, Flammarion, 128 pages, 9.95€.
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